Amélie Poulain - Loft StoryMême combat |
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Le fabuleux destin d’Amélie Poulain fait
partie de cette catégorie d’œuvres qui met tout de suite le
spectateur dans la peau de l’héroïne. Roselyne
Bachelot, députée RPR du Maine-et-Loire, a bien cerné le
problème quand elle parle d’un film « où le phénomène
d'identification est puissant. D'où son succès massif. J'ai flashé sur
Audrey Tautou qui est craquante. » Outre le physique
avantageux du personnage principal, la raison qui précipite cette
incarnation est le naturel et la liberté qu’il se permet d’avoir.
Allant à l’encontre d’une société emplie de principes et de règles,
d’habitudes et de tabous, mademoiselle Poulain fait en sorte que le
monde soit meilleur à ses yeux. Elle se veut la protectrice du pauvre
et de l’opprimé, elle veut rasséréner les cœurs esseulés, donner
la vue aux aveugles, faire voyager les pantouflards, changer
l’histoire, et tout ça, à l’insu des principaux intéressés.
Les critiques sont généralement élogieuses dans la classe politique devant ce film phénomène. François Bayrou, président de l'UDF, déclare : « Ce film appartient à un genre qu'autrefois on appelait une féerie. C'est-à-dire un monde dans lequel le merveilleux a la place principale. Son succès montre qu'il y a une demande d'humanité profonde dans notre société. » |
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Alain Madelin renchérit : « Le film fait appel au meilleur d'eux-mêmes [les spectateurs], réveille des sentiments qu'on croyait enfouis dans cette société matérialiste. » Annick Lepetit, maire PS du XVIIIe arrondissement de Paris abonde : « Cela nous change des talk-shows télévisés ! » Et le meilleur pour la fin dans la bouche de Clémentine Autain (apparentée PCF), adjointe au maire de Paris : « Amélie doit nous inciter à remettre l'imagination au pouvoir, à trouver un projet de transformation sociale qui réhabilite l'idéalisme, l'utopie. » Je vais tenter de vous démontrer que ces dithyrambes ne
sont que le résultat d’un comportement démagogue qui ne laisse aucune place
à l’analyse. La manipulatrice Amélie : Nous devrions toujours nous méfier des gens qui veulent le
bonheur des autres malgré eux. D’autant plus que la donneuse de leçon, en
l’occurrence Amélie Poulain, a plus rêvé sa vie qu’elle ne l’a vécue,
ce qui ne lui permet pas de prétendre mieux connaître la recette du bonheur
que les autres, a une situation professionnelle qui apparemment ne lui sert
qu’à subsister et qui ne semble pas être le fruit d’une quelconque
passion, a une vie sentimentale proche du néant dont la fin du film ne nous
laisse que l’espoir d’une amélioration. |
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Malgré ça, l’héroïne se permet de manipuler son
entourage pour orienter la vie des gens dans ce qu’elle croit être
mieux. Seulement cette intervention ne prend pas en compte la
subjectivité de chacun des êtres dont elle va changer le destin. Amélie
ne pose pas la question aux personnes qu’elle approche et qu’elle
juge malheureuses ou méchantes quant à savoir si elles ont réellement
envie de changer de vie. La liberté des uns s’arrête là où
commence celle des autres et cet interventionnisme m’est
insupportable. Je revendique le droit à la solitude, à la mélancolie
pour avoir le plaisir de jouir plus intensément des bonnes compagnies
et du bonheur lorsque je le rencontre. Mais que dire d’une personne
qui, croisant la route d’un aveugle, va soudainement palier sa cécité
en lui décrivant le spectacle quotidien de la rue, qui est
le spectacle que nous voyons tous les jours mais qui nous devient
indifférent par habitude, et qui d’un coup d’un seul va le laisser
choir ?
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Je n’assimile pas cette action à un geste de bonté, mais à la pulsion juvénile d’une personne excitée par les propres événements de sa vie et qui veut mettre au diapason de son cœur tous ceux qu’elle côtoie, sans se soucier des effets secondaires. Ce film est paradoxalement l’apologie d’un individualisme exacerbé. Amélie dirige son destin, elle le provoque, elle essaie de le maîtriser en jouant aussi avec le hasard. Par contre elle minimise la part de hasard et les opportunités dont ses connaissances pourraient bénéficier. Elle décide pour les autres et construit l’univers qu’elle souhaite autour d’elle se servant des individus qu’ils soient mort ou vivant. |
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Pour les vivants, que leurs caractères ne leur permettent
pas de s’assembler correctement est le moindre de ses soucis. Ce
qu’Amélie veut c’est que les gens paraissent heureux. Elle ne
s’intéresse pas à leurs sentiments profonds, elle ne tente pas
d’explorer leur âme, d’ailleurs elle ne supporte généralement pas
la compagnie des personnes envers lesquelles elle intervient.
Pour les morts, elle va jusqu'à modifier leur passé pour enjoliver le présent des vivants. |
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Amélie fait tout pour aseptiser la société, car les
rapports sociaux qu’elle met en place sont issus de son intellect et ne
laissent aucune place à l’originalité individuelle. Elle veut un monde
parfait, mais elle seule détient la clef de cette perfection. Nous sommes face
à une peinture en trompe-l'œil. Derrière la quête de la satisfaction
individuelle se cache une philosophie qui voudrait nous faire croire qu’il
suffit de vouloir le bonheur des gens pour que celui-ci advienne. Amélie élève au rang de modèle sa soif d’insouciance,
elle résout les problèmes des autres seulement parce qu’ils émaillent son
univers. Elle désire qu’aucune image négative ne vienne troubler ses pensées
édéniques. Elle influence la vie de ses connaissances non pas par compassion
ou par amour, mais par égoïsme pour préserver le monde tel qu’elle l’a
toujours rêvé. L'analogie avec Loft Story : Mais ce film fait appel à d’autres ressorts de la psyché
humaine qui sont exploités dans Loft Story, c’est-à-dire le
voyeurisme, le sadisme, et le jugement. |
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Le voyeurisme, d’après la définition qu’en donne John
Demol, fondateur
de la société Endemol et concepteur de Big Brother, l’ancêtre
de Loft
Story, se résume à la curiosité : " Tout le
monde s'intéresse à son voisin, c'est la base de la nature
humaine.(…) Tout le monde a envie de savoir, mais il faut oser. Le
voyeurisme permet de savoir sans se dévoiler soi-même." Le
comportement d’Amélie par rapport à son voisinage rentre
dans le cadre de la définition précédente, comme celui du téléspectateur
devant Loft Story.
Le sadisme d’Amélie est perceptible dans sa conduite envers l’épicier, comme l’est celui du téléspectateur lorsqu'il vote de façon à briser le seul couple du loft (Saison 1). Le jugement que se permet de porter Amélie sur les autres malgré sa courte et pauvre existence, dans le monde réel, est une constante du film. C’est un troisième point commun avec les aficionados de M6 qui « n’hésite pas à en parler autour d'eux » et à statuer sur l’avenir de tel ou tel locataire. |
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John Demol pense que « la télé est comme un
miroir pour le public. Elle peut et doit quelquefois montrer que les gens sont
les gens, avec leurs bons et mauvais côtés. Ce sont des choses que l'on sait
depuis longtemps, mais personne ne veut y être confronté. » Voilà pourquoi au-delà de
l’emballage évoquant une histoire d’amour, le spectateur d’Amélie sort
de la salle rasséréné car il vient d’assister pendant plus d’une heure et
demi à l’apologie de ses perversions. Et lorsque vient le jeudi soir, il
exulte puisqu’il peut les mettre en pratique. Le dernier point commun entre les productions
d’Endemol,
la société qui a inventée et produit le concept Big Brother, et Le
fabuleux destin d’Amélie Poulain, c’est l’influence internationale.
Le film est sorti dans un grand nombre de pays et la
version anglaise, " Amélie from Montmartre ", a été
vendue dans le monde entier. On retrouvera alors cet éloge des déviances au sein
de populations dont
la nature des rapports humain est totalement différente de la notre. Après avoir
mondialisé
l’économie, l’homme est en train de mondialiser le divertissement et
l’art, et au-delà, les façons de penser, par des spectacles subliminaux. Conclusion : Comme le sens de la vie est
universellement indéfinissable tant que nous n’aurons pas atteint le
savoir ultime, le bonheur est relatif à chacun d’entre nous et personne ne
peut décider pour l’autre de la voie qu’il doit suivre. C’est toute la réussite
de l’héroïne que de fasciner le public par les mêmes recettes qui
permettent à son personnage de se tailler la part du lion dans le film. Tout le
monde sort ravi du spectacle pensant avoir assisté à l’éloge de l’amour
alors qu’en fait on s’est tous fait piégé par l’envoûtante Amélie qui,
en plus des personnages qu’elle côtoie, a réussi à embobiner les
spectateurs en leur faisant croire à eux aussi qu’elle détenait la clef du
bonheur. Plus inquiétant encore que le relent moralisateur de cet oeuvre qui
nous montre qu’une seule personne est capable de tirer les ficelles de
marionnettes qui peuvent aussi bien être ses amis que ses ennemis, et ce juste
par idéal, c’est le consensus des masses à apprécier le spectacle. Il faut
dire que les critiques ont jusqu’à récemment encourager les gens à être
des Amélie Poulain, comme si le « chacun pour soi »
de la société dans laquelle nous vivons n’était pas suffisamment ancré
dans les moeurs. L’attitude de ces critiques professionnels, des hommes et des
femmes politiques, et du quidam, relève d’un aveuglement inquiétant vis-à-vis
de l’époque, du modèle de civilisation asocial et des nouveaux rapports
humain vers laquelle la libéralisation excessive nous conduit, et dont, à l’évidence,
nous ne savons même plus discerner les aspects négatifs. Mais plutôt que de s’incarner dans Amélie, essayons
d’ouvrir les yeux et de nous mettre à la place des personnages qu’elle
influence. La question qu’il faut se poser avant ou après la projection du
film c’est celle qui consiste à savoir si on est prêt à se plier aux désirs
de toutes les Amélie Poulain de la planète ? |
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Sources :
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