Les nouveaux idiots utiles
du populisme

Les nouveaux habits des antisémites est le synonyme d’un mot qui n’a pas encore été inventé, un mot qui déclasse la loi de Godwin tout en rappelant ce proverbe chinois qui dit que « Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt ». À trop focaliser sur un aspect du phénomène, à trop faire d’une minorité désorientée une majorité haineuse, à trop préférer une analyse politiquement correcte à la recherche de la vérité, à trop pointer les confusions des uns pour mieux épargner les collusions des autres, le service public de l’information alimente le populisme qu’il dénonce.



Les nouveaux habits des antisémites, documentaire diffusé sur France 5, démontre moins la dérive antisémite qui ne concerne qu’une minorité parfaitement identifiée, que la radicalisation des faiseurs d’opinion officielle qui essentialisent un mouvement populaire protéiforme issu de la crise du Covid. Ce dernier s’est pourtant fédéré dans la rue à cause des incohérences indiscutables d’un gouvernement qui, notamment, jugeait le masque inutile lorsqu’il n’en disposait pas, pour l’imposer par la suite, même au grand air. Ce même gouvernement qui exclut une partie de la population de ce qui fait société, comme ce fut le cas pour une communauté aux pires heures de l’histoire de notre pays, lorsque celle-ci ne se pliait pas aux injonctions vaccinales, avec pour principal objectif de protéger un système hospitalier qu’il a méthodiquement déstructuré et désorganisé, dans la continuité de ses prédécesseurs.
En regroupant tous ceux qui ne sont plus dupes des errements de notre classe dirigeante, en stigmatisant ceux qui sont à la fois victimes du covid et de la stratégie sanitaire délégué au cabinet McKinsey, et en les affublant d’une idéologie nauséabonde, alors qu’ils ne font que protester contre la restriction de leurs libertés, une certaine intelligentsia démontre davantage son impuissance croissante à comprendre et expliquer, que sa légitimité à présenter des faits sans apriori pour donner à penser. Elle aurait eu plus de mérite à enquêter pour désigner les vrais responsables de la situation plutôt que d’incriminer les victimes d’une crise qu’elle contribue à opacifier par ce genre de documentaire qui désignent le doigt pour mieux épargner la lune. Ainsi, en apparaissant comme complice d’une manipulation qui met en exergue les relations de connivence entre politique, médias et industriels, elle alimente un populisme qui, en ces temps troublés, n’a vraiment pas besoin d’être provoqué.

Entrepris au début des années 90, ce site est né d’une démarche qui consistait à ne pas accepter automatiquement le discours officiel relayé par les grands médias comme une vérité évidente et indiscutable. Comme je l’expliquais déjà en 2013, cette démarche s’est retrouvée dévoyée, attaquée, caricaturée et décrédibilisée après les attentats du 11 septembre 2001, ainsi qu’à travers les grands succès populaires du monde du divertissement comme X-Files ou Da Vinci Code1. Et ce recul est essentiel pour saisir l’évolution dans la différence de traitement des gens qui se posent des questions par ceux qui ont réponse à tout.

Une semaine avant les élections présidentielles, Les nouveaux habits des antisémites2 dénonce le fourvoiement des antivax et des manifestants qui défilaient régulièrement contre le pass sanitaire, puis le pass vaccinal. Le problème, c’est que les auteurs de ce documentaire ont tellement focalisé sur les dérives d’une minorité de ces gens, dont la majorité réclamait simplement le respect de leurs libertés, qu’à la fin on a l’impression que le fait même de juste se poser des questions sur la gestion gouvernementale de la crise du Covid condamne d’emblée celui qui s’interroge. Si de tels documentaires avaient existé dans des temps plus anciens, personne n’aurait été en mesure d’émettre l’hypothèse que la terre n’est pas plate et qu’elle tourne autour du soleil sans être cloué derechef au pilori de l’antisémitisme, et par conséquent mis à l’index. Cela aurait été dommageable pour le progrès de nos connaissances, et pour la vérité.


La loi de Godwin est désormais appliquée à ceux qui ne font que se poser des questions, cette loi qui dit que tout débat devient impossible lorsque l'un des interlocuteurs en réfère au nazisme, à Hitler ou à la Shoah, pour disqualifier l’argumentation de son adversaire. S’il y a dix ans une catégorie socioprofessionnels, conditionnant majoritairement l’opinion médiatique, traitait les arpenteurs de la chaussée et les empêcheurs de penser en rond de simples obsédés du complot, aujourd’hui on a franchi une étape en pulvérisant le point Godwin de l’admonestation, celui d’être considéré comme un antisémite en puissance à partir du moment où on émet le moindre doute sur la version officielle des évènements. Ainsi, sans même interroger les fondements de notre société et argumenter pour démontrer que la vérité est ailleurs, mais seulement par le fait de remettre en cause la stratégie sanitaire du gouvernement organisée par des cabinets de conseils privés, vous êtes devenu un complotiste, et donc forcément un antisémite. Cela a pour conséquence de mettre fin à tout dialogue puisque le soupçon compromet toute tentative d’explication, et que l’accusation détruit votre crédibilité.

Mais c’est tellement plus facile de déconsidérer celui dont les questions dérangent, et de se raccrocher à des pseudos certitudes rassurantes, que d’essayer d’apporter des réponses à l’inexpliqué, notamment lorsque tout ça garantit ses privilèges à une certaine élite ou le maintien d’une société à travers des croyances. Mais comment, en prenant un exemple parmi tant d’autres, ne pas se poser des questions sur les religions quand on sait que leurs différents récits ressemblent pourtant étrangement à un seul laissé par une civilisation bien antérieure, celle des sumériens ?

Le conspirationnisme n’est pas pour moi un sujet ou un thème d’étude. Le complotisme est une étiquette collée à ceux qui remettent en question une certaine version de l’histoire, des théories scientifiques que la majorité prend pour des vérités acquises, une présentation de certains évènements exposée comme une évidence par ceux qui y ont un intérêt, ou par ceux qui ne veulent pas risquer d’être marginalisés de la société pour avoir pensé autrement. Les « conspi-hunter », ces explorateurs de la complosphère qui eux, bien évidemment, détiennent la vérité, ont franchi un cap. Ils passent désormais tranquillement du décryptage à la formulation d’accusations qui font tomber leurs cibles sous le coup de la loi. Et les accusations ne visent pas seulement ceux qui tiennent des propos ou exploitent des symboles antisémites, mais tous ceux qui ne se tiennent pas à distance des précédents. Jusqu’au propos ahurissant du politologue Jean-Yves Camus, un des intervenants dans le documentaire, qui nous dit en substance que le simple fait de se sentir persécuté fait de vous un antisémite…




De plus, les accusations de complotisme par la sphère médiatique ne visent plus seulement une minorité d’influenceur sur les réseaux sociaux, elle ne se contente pas de s’élargir au protestataire du samedi après midi, elles s’abattent désormais sur les représentants politiques en course pour l’élection présidentielle. Ainsi, le chroniqueur Renaud Dély déclarait sur la radio franceinfo que « Dupont-Aignan et Lassalle, ce sont les deux faces de ce complotisme de l’époque3 ». Et d’argumenter notamment son propos en prenant l’exemple d’une proposition de Dupont-Aignan qui « promet de supprimer le pass vaccinal et même d’inscrire dans la Constitution l’interdiction du confinement ». « Une idée absurde » selon l’éditorialiste qui de toute évidence n’est pas très au fait de ce qu’il se passe dans le monde, puisqu’il se trouve que la constitution japonaise ne permet pas de confiner sa population. Et si l’on en croit les chiffres comparés de la France et du Japon de 2020 à 2022 en termes de surmortalité, à savoir des décès toutes causes confondues par rapport à la projection basée sur les années précédentes, on est bien forcé de constater que l’ « idée absurde » tient davantage dans le confinement que dans son interdiction.




En 2013, j’écrivais déjà, alors que les nouveaux chiens de garde4 conditionnaient la façon de penser, promouvaient le néolibéralisme et la réforme, marchandisaient l’information, et par conséquent vouaient aux gémonies de l’obsession ceux qui ne faisaient rien d’autre que de se poser des questions sur la pertinence de leur positionnement : « lorsque les élites autoproclamées se mobilisent dans tous les milieux pour contrecarrer ceux qui pensent autrement, cela révèle une certaine fébrilité chez cette minorité qui accapare la majorité des pouvoirs (économique, financiers, culturels) et pour qui l’ordre établi est avant tout l’assurance d’une rente. »
En 2022, tout va plus vite, on ne perd plus de temps à faire la part des choses, on a dépassé le cadre de la fébrilité pour se précipiter dans une fuite en avant : Les informés accusent désormais ceux qui ne sont rien d’antisémitisme. À croire qu’ils n’ont rien appris, et que ce n’est pas en stigmatisant toujours davantage ceux qui dénoncent les incohérences que cela fait disparaitre les incohérences et ceux qui les dénoncent, au contraire. D’autant plus que la collusion entre grand groupe pharmaceutique, cabinet de conseil et agence de presse internationale5 n’étant plus à démontrer, ce qui, au passage, met en lumière un scandaleux conflit d’intérêt, les donneurs de leçons de la petite lucarne auraient été mieux inspiré de déjà faire le ménage dans leur profession. À se croire dans le camp du bien alors qu’ils sont encore plus morveux que ceux qu’ils tentent de moucher, ils ne font qu’accentuer la fracture entre deux mondes, ceux qui sont du bon côtés du manche et les autres. Le problème, c’est que les autres sont beaucoup plus nombreux, et que leur colère, jusque-là rentrée, pourrait s’exprimer de la plus mauvaise des façons dans les urnes ou dans la rue, en adoptant des positions au diapason de leur lassitude, à force d’être constamment pris pour des cons ou accusés de ce qu’ils ne sont pas, en l’occurrence des antisémites.

C’est à croire que les directeurs de la programmation sont aussi inconscients que les politiques qui nous gouvernent sont incompétents. Parce que pour que ces derniers, pourtant dans leur large majorité diplômés du supérieur, fassent néanmoins de plus en plus appel à l’aide de cabinets de conseils6, je ne vois pas d’autres explications mis à part celle des « portes tournantes » qui permet de constater que nombre des incubateurs du pouvoir actuel se retrouvent être des salariés des cabinets en question7. La situation de ce pays est déjà assez compliquée à la suite des gilets jaune qui a vu des citoyens innocents et paupérisés se faire éborgner et amputer en toute impunité, à la sortie d’une pandémie où nombre de français se sont vus enfermés chez eux pendant des semaines à cause d’une stratégie décidée par des firmes étrangères à notre administration, au cœur d’une guerre en Ukraine qui n’aurait certainement jamais eu lieu si les occidentaux n’avaient pas, pour certains, encouragé, pour d’autres, regardé ailleurs, lorsque les néonazis ont gangréné la révolution du Maïdan8 en 2014, pour qu’un service public de télévision ne viennent pas mettre d’huile sur le feu du mécontentement, du ressentiment et des angoisses sur l’avenir, par une caricature délétère de questionnements légitimes.
Mais heureusement, peu de monde regarde France 5, ce qui évitera au peuple de se rendre compte à la veille de l'élection présidentielle, du mépris et de l’incompréhension croissante d’une petite bourgeoisie intellectuelle héréditaire9 qui alimente le populisme en croyant le combattre.



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Article mis en ligne le 9 avril 2022.

3   Renaud Dély, Présidentielle : Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle, le complotiste des villes et le complotiste des champs, franceinfo, 6 avril 2022 – https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/l-edito-politique/presidentielle-le-complotiste-des-villes-et-le-complotiste-des-champs_5037336.html

4    Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, Les nouveaux chiens de garde, 2012 – https://www.dailymotion.com/video/x2dxzzg

5   L’agence de presse Reuters, le cabinet McKinsey et Pfizer, l’énorme conflit d’intérêts !, Nexus, 15 janvier 2022 – https://www.nexus.fr/actualite/news/reuters-mckinsey-pfizer/

6   Paul Louis, Dépenses en cabinets de conseil: où se situe la France par rapport à ses voisins?, BFM Business, 31 mars 2022 – https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/france/depenses-en-cabinets-de-conseil-ou-se-situe-la-france-par-rapport-a-ses-voisins_AV-202203310340.html

7   Maxime Gil, McKinsey : missions, coût, impôts, Fabius... Tout comprendre à l'affaire qui embarrasse Macron

, L’internaute, 31 mars 2022 – https://www.linternaute.com/actualite/politique/2620565-mckinsey-missions-cout-impots-fabius-tout-comprendre-a-l-affaire-qui-embarrasse-macron/

8   Voir le documentaire de Paul Moreira, Ukraine, les masques de la révolution - https://www.youtube.com/watch?v=VLXtWfTcLC4

9   Pierre Rimbert, La bourgeoisie intellectuelle, une élite héréditaire, Le Monde Diplomatique, août 2020 – https://www.monde-diplomatique.fr/2020/08/RIMBERT/62101

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