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Le premier tour
de magie,
le second tour
des illusions

 

Le Pen était présent au second tour de l'élection présidentielle française.
Et abracadabra !
Les différents partis politique qui se tiraient dans les pattes sans vergogne depuis le début de l'année se retrouvent presque tous à soutenir celui qui était l'objet de leur mécontentement, les jeunes que l'on accusait d'être à l'origine d'une grande partie de l'augmentation de l'insécurité sont aujourd'hui donnés en exemple dans la lutte pour le « respect » de l"autre. On nous accuse de manquer de mémoire, mais on oublie tout ce qui a mené à ce résultat et qui est pourtant plus récent que l'épouvantail nazi que l'on ressort chaque fois que l'on veut mettre fin à un débat.
Un coup de baguette magique électoral transforme des dissensions et des vrais problèmes en une entente consensuelle, que les français ont pourtant rejetée, et en une amnésie par rapport à un nouveau projet de société, que les français souhaitent. Les réflexes reptiliens d'une société décadente disparaîtront le jour où ceux qui sont aux responsabilités cesseront de faire la sourde oreille, et que les intellectuels se mobiliseront pour un monde plus humain plutôt que de le faire pour inciter à des choix par défaut.
Puis le second tour des illusions arriva. Et il est à craindre pour la république, que tous ont cru défendre en adoptant une position indigne à l'aune des principes qu'ils défendent, que ce tour devienne celui des désillusions.

 

 

Une mémoire sélective

J'entends d'ici les clameurs de la rue qui se soulèvent devant le raz de marée fascisant qui couvre de honte notre pays, un pays d'intégration fondé sur des valeurs démocratique et républicaine. Ceux qui le peuplent et qui le dirigent brandissent, de concert avec les nations européennes qui partagent leurs convictions, un « NON » catégorique. Ils ne laissent même pas planer le risque d'une quelconque compromission avec « ceux qui brandissent la menace de la rue, qui agitent les spectres de la force brute, de l'irrationnel et du mépris1 ». Ils font « barrage » au chaînon extrémiste supplémentaire qui risque de venir se greffer à un axe du mal européen déjà composé de l'Autriche et de l'Italie.

 Ce qui précède est représentatif de ce que nous avons pu lire, entendre ou voir dans les médias depuis le dimanche 21 avril 20022,date qui marqua l'arrivée au second tour de l'élection présidentielle française de Jacques Chirac et de Jean-Marie Le Pen , et ce jusqu'au deuxième tour le 5 mai. J'aurai eu tendance à penser que l'un des enseignements du 11 septembre aurait été de nous apprendre à faire fi des passions pour juger objectivement des évènements. Mais il s'avère, à la vue des éditoriaux au vitriol et des mouvements de foules grossis par la loupe médiatique, que l'on a la mémoire sélective, tant au niveau de la morale, que de l'interprétation des préceptes démocratiques ou républicains. On se souvient plus aisément des petites phrases de certains, mais moins de celles des autres. On tente de convaincre l'électeur du caractère démagogique d'un programme, mais l'on ne s'appesantie pas sur celui de son adversaire car il s'inscrit dans un mouvement qui suit les rails d'une mondialisation inéluctable pour nos gouvernants, mais que l'on sait angoissante pour le peuple, et donc fragile.

Le chef de l'Etat sortant déclare que «  nous devons nous rassembler pour défendre notre bien commun, la démocratie, dans le respect des convictions de chacun3 », mais en même temps il refuse le débat démocratique d'entre-deux-tours, et il fait preuve de nihilisme face aux 16,86 % des électeurs qui, pour lui, se fourvoient derrière un leader adepte de « l'extrémisme, du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie ». Jacques Chirac assure de son« combat au nom de la morale et d'une certaine idée de la France », mais personne ne lui rappel les nombreuses procédures judiciaires liées au financement du RPR et à l'Hôtel de Ville de Paris qui convergent vers lui, au double de titre de président du RPR (de 1976 à 1994) et de maire de Paris4(1977-1995). Le député socialiste Arnaud Montebourg fut un des personnages les plus médiatisés parmi ceux qui voulaient traîner le président devant la justice. Il se vit opposer une fin de non recevoir étant donné la position au sommet de l'Etat du personnage incriminé. Le député dénonçait à l'époque le « pacte mutuel passé entre le premier et le cinquième personnage de l'Etat (Roland Dumas, président du conseil constitutionnel) » qui « prouve que la République est en train de pourrir par le haut5».Cet homme qui voulait « supprimer l'élection du président de la République au suffrage universel » appelle aujourd'hui à voter Chirac...

 

 

Leçon de démocratie républicaine

 

On feint de croire que l'opinion exprimée dans les cercles et dans les assemblées est l'opinion réelle. Et toute la difficulté de notre politique, et de toute politique démocratique, est de faire prévaloir l'opinion réelle. A quoi les prolétaires nous aident beaucoup.
Alain, 9 juillet 19276.

 

 Malgré que Le Pen ait été « diabolisé », comme il aime à le rappeler, il se trouve être le deuxième homme de cette élection. Jusqu'à maintenant il n'était pas forcément de bon ton de voter pour le Menhir. Ce dernier symbolise le racisme et le fascisme. D'un autre côté ces thèses, ainsi que son mouvement, ont été encouragées, manipulées, ou ont fait l'objet d'alliances depuis plus de trente ans par les uns ou les autres, selon les époques et les situations politiques. Ce sont les mêmes hommes, politiques et médiatiques, qui jouaient avec les thèses frontistes qui s'étonnent et se dressent devant un résultat que personne n'a vu venir. Ce sont encore les mêmes qui tentent aujourd'hui de donner mauvaise conscience à ceux qui se sont pris à un jeu qu'ils ont mis en place par calcul politique.

 Après avoir fait la campagne du borgne en traitant en long et en large les différentes insécurités, les médias se positionnent quasiment à l'unanimité contre lui. Cela s'explique par le noyautage des rédactions par les Franc-maçons7, ennemis jurés du Front, ou la mouvance gauchiste pour les uns. Les autres surfent sur la vague démocratique et républicaine qu'ils pensent voir se soulever à travers les déclarations unanimes de la majorité des organisations politiques et syndicales, et la mobilisation d'une partie de la population.

 Pour les seconds, on hésite à attribuer ce relais à une prise de position visant à défendre les valeurs de la République, ou simplement à une occasion d'augmenter le tirage des quotidiens 8 par la mise en relief de ce que l'homme a de meilleur. Seulement si les médias se trompent aussi lourdement que ce sont trompés les sondages au premier tour, c'est l'avenir d'un pays qu'ils risquent de faire basculer. A trop vouloir retourner les opinions, ils transforment un travail de réflexion et d'investigation, pour les plus honnêtes et les plus indépendant d'entre eux, en une cabale organisée contre le deuxième homme aux yeux des désabusés de la politique. Et ce qui est valable pour la presse française l'est aussi pour les journaux étrangers et les réactions qu'ils peuvent provoquer dans leurs pays respectifs. Ne nous a t'on pas présenté la finale Chirac-Jospin comme incontournable ?



On remarque que les pensées forcées ne sont jamais que des colères. C'est pourquoi chacun refuse de changer à sommation. Toujours les persécutions ont confirmé les religions.
Alain, 1er juillet1935.



 La République se définit comme une forme d'organisation politique dans laquelle les détenteurs du pouvoir l'exercent en vertu d'un mandat conféré par le corps social. La démocratie signifie quand à elle que le peuple exerce sa souveraineté lui même, ou par des représentant élus. J'ai déjà eu l'occasion de vous montrer que l'Europe, de la façon dont elle a été construite, nous éloignait de ces principes constitutionnels, bien que les représentants des partis non extrémistes ne soient pas nombreux à dénoncer cet état de fait (voir Les Lobbies en Europe). Dans ces domaines, il est évident que les forces politiques qui se sont succédées autant au niveau national qu'au niveau européen n'ont aucunes leçons à donner, puisqu'il est de notoriété publique pour qui se donne la peine de se tenir informé, que les réglementations et la politique européenne ont été élaborées sur la base de documents provenant de lobby industriels, et non d'organisation citoyennes 9.


 Il se fait dans le Monde un recrutement de tous les talents contre la République. Ainsi l'électeur est laissé à lui même, bien mieux, trahi, méprisé, insulté par les plus instruits. Il doit le comprendre et quand on lui dit que la République est contre la Nature, contre la Science, contre la Raison, il ne doit point s'en étonner, mais plutôt se demander : « Combien celui-là est-il payé, pour m'amener à désespérer de moi-même ? ».
Alain, 15 décembre 1910.



 Les sondeurs voyaient Jean-Marie Le Pen à 8 %10, et ce sont les coefficients de correction qui l'ont hissé jusqu'à la troisième place à la veille du premier tour. Cela signifie qu'une partie de la population n'osait pas avouer, jusqu'à maintenant, ses accointances pour les idées du Front National. Ce premier résultat électoral a fait sauter un verrou.

 D'un autre côté, un mouvement populaire est né spontanément chez les étudiants et les lycéens où, dés lundi, ils étaient au nombre de 30 000 dans les rues de France. Ils se sont regroupé derrière des mots d'ordre plus ou moins radicaux comme celui entonné à Lyon : « Le Pen, t'es foutu, les jeunes sont dans les rues11 ». Mais si Le Pen a fait un score lui permettant de figurer au second tour, c'est aussi peut-être parce que une partie de la population trouve que les jeunes y sont un peu trop, dans les rues, et pour y faire tout et n'importe quoi. Il suffit, pour s'en convaincre de jeter un œil sur les chiffres de la délinquance. Le nombre des moins de 18 ans mis en cause dans la délinquance a augmenté de 80 % en dix ans, la part de ceux âgés de moins de 13 ans ne cessant de croître. Plus d'un tiers des faits de délinquance recensés sur la voie publique sont ainsi attribuables aujourd'hui à des enfants ou à des adolescents 12. Pendant la campagne certains hebdomadaires n'hésitaient pas à signaler en couverture des dossiers dénonçant la violence à l'école13, cultivant ainsi la peur de l'électeur face à l'insécurité. Mais les médias se ravisent en louant aujourd'hui ceux qu'ils avaient mis en cause hier. La peur a changé de camp et du même coup le discours s'est gauchisé de nouveau. Les sites Internet d'opposition à Chirac reprennent quasiment tous le « NON » de Libération et nous dirigent vers les pages du parti socialiste, les manifestations sont récupérées par des organisations ancrées à gauche, les mouvements revendicateurs pour le droit au logement ou pour la régularisation des sans papiers viennent se greffer à cette mobilisation. Nous faisons ainsi face à une immense confusion entre un mal qui devient bien, et la sédition des banlieues qui se transforme soudainement en un soulèvement antifasciste et humaniste.

 En gros, ce sont tous ceux qui ont subi une défaite cuisante qui occupe la Une des journaux. Cette campagne déguisée derrière des évènements d'actualité ne sera pas prise en compte dans le calcul des temps d'antenne du CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) qui est pourtant chargé de veiller à l'égalité des temps de parole des deux candidats et de leurs soutiens. Alors soit nous sommes dans un pays démocratique et nous respectons les règles en vigueur, soit nous nous rabaissons au niveau de celui que l'on dénonce, et on emploie des moyens dignes du régime qu'on l'accuse de vouloir instaurer. Ceux qui se veulent les défenseurs des valeurs républicaines n'ont aucune gloire à tirer de l'utilisation d'un parti et de ses idées extrémistes. C'est pourtant ce qui se passe, dans le but de tester certaines positions idéologiques sur l'opinion, et surtout pour faire office d'exutoire.
En effet, Le Pen et le Front National ont l'avantage pour les partis « bon chic, bon genre » de canaliser les frustrations. Leurs électeurs sont autant de révolutionnaires potentiels qui se transforment en militants ou en sympathisants. Le maintient de l'ordre est garantis par le maintien d'un faux espoir, et ce même si les solutions pour satisfaire à cet espoir sont discutables. Au lieu de déboucher sur une alternative, le mouvement considéré comme extrémiste devient salutaire pour le bon fonctionnement des institutions tant qu'il ne dépasse pas un certain niveau. Au-delà, il est stigmatisé, car d'utile, il passe à dangereux pour un système qu'inconsciemment il protège. Ceux qui le soutenaient passent d'un faux espoir à une mauvaise conscience, mais le déficit, qu'il soit matériel ou idéologique, subsiste.   

 Si dans les pays totalitaires les élections se font grâce au bourragedes urnes, dans  les faux pays démocratiques,elles se font par le bourrage des crânes. (voir Le Bohemian Club)

 

 

L'envoûtement libéral

 

 Si l'insécurité a fait la une des médias avant le premier tour,c'est certes en partie parce qu'il existe un problème réel, mais c'est aussi parce que la marge de manœuvre des politiciens nationaux ne leur permet que de traiter des problèmes en aval. L'amont est verrouillé par les réglementations européennes et les traités internationaux. Les hommes et les femmes politiques, qui n'appartiennent pas à des mouvements qualifiés d'extrémistes, adoptent des positions de principe en prônant une « mondialisation plus humaine14 », mais ne peuvent faire que des raccommodages sur un modèle de société décadent. Le peuple attend des programmes politiques autre chose qu'un système basé sur une « compétitivité » qui engendre des « accidents15 », comme nous l'ont montré les mouvements anti-mondialisation de ces dernières années. L'individualisme sous jacent du modèle libéral qui s'appui sur la compétition16 se retrouve dans la société où certains le reproduisent inconsciemment. Alors soit on est le vainqueur de la compétition et tout va bien, soit on est, ou l'on estime être le perdant. Dans le premier cas on se retrouve sur le bord de la route, dans le second on se laisse piéger par la corruption, la magouille, le vol, voir l'agression (voir Global Killer).

 Le besoin de compétitivité exigé par des entreprises au bord de l'asphyxie us égard aux charges aux quelles elles sont soumises, vis à vis des pays où les avantages sociaux sont quasiment inexistant, contraint l'Etat à réduire ses budgets. L'Etat  est alors de moins en moins présent dans la société. Il laisse la place aux associations17 qu'il encourage, car il sait que tout le travail bénévole qu'elles fournissent est autant d'économie réalisé à son avantage. Mais il serait déplacé d'attribuer à l'association, bien qu'elle représente le dernier rempart contre l'individualisme et qu'elle ait généralement les meilleures intentions du monde, le rôle des services publics. Les actions sociales, l'éducation,le développement local, le logement, l'aide à l'emploi et la santé sont quelques unes des activités du tissu associatif. Malgré la présence en constante augmentation des associations, celles-ci font face à « des problèmes de légitimité pour inscrire leur action dans les quartiers18  ». Et il n'en reste pas moins que malgré leur multiplication, les problèmes liés aux thèmes évoqués ci-dessus sont au cœur des préoccupations des français. Cela prouve, quoi que l'on en dise, que le démantèlement des structures de service public est préjudiciable au bon fonctionnement de la société.  

 Il semble que la globalisation ait la capacité de charmer la plupart des nations. Le FMI se chargeant de convaincre les plus réticentes à coup de prêts conditionné par des ajustements structurels qui déstructurent les économies régionales. La qualification surprenante de Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle aura peut-être pour mérite de rompre cet enchantement magique qui a convaincu majorité et opposition que le libéralisme plus ou moins réglementé, car assujetti à des lois inspirées des lobbys (voir Les Lobbies en Europe), était la voie la plus raisonnable, malgré les « accidents ». C'est un réveil préventif, à une période de notre histoire où il est encore possible de faire quelque chose. Si rien n'est fait, il se peut que dans quelques années nous faisions face à un réveil plus douloureux que celui auquel est confronté actuellement l'Argentine, terre d'accueil qui a privilégiée les lois du marché face à celle du code civil et du code pénal, la finance par rapport aux services publics19.



On a crucifié l'Argentine sur une croix de dollars.
Cesar Fernandez, poète argentin.

 

 

Les instincts reptiliens

 

 Les adeptes de la mondialisation humanisée nous proposent une conception manichéenne du monde qui se définit sur un plan économique et un plan humain. 
Cette conception veut à la fois que sur le plan économique nous soyons en compétition pour donner le meilleur de nous même sans nous soucier des conséquences pour les perdants. En même temps, sur le plan humain, elle a pour objectif que nous conservions un esprit de solidarité avec ceux qui étaient nos rivaux dans le plan précédent. 
A mes yeux, cette dichotomie comportementale n'est possible que dans une occupation sportive ou récréative, dans le sens où sa durée, sa spécificité et son enjeu sont limités, à condition que l'on ne fasse pas de cette activité sa profession. Seulement lorsqu'une telle pratique est mise en situation à l'échelle d'une planète et qu'elle conditionne la vie de milliards d'individus sur des périodes de temps qui peuvent se compter en générations, et qu'en plus de ça, les perdants sont plus nombreux que les gagnants, alors les instincts reptiliens refont surface20.

 C'est donc l'instinct de conservation qui prend le pas sur l'esprit de solidarité par simple réflexe de survie. Par exemple, l'homme se sentira menacé chez lui de par l'insécurité urbaine, qu'elle soit réelle dans certaines régions ou amplifiée médiatiquement dans d'autre, et il se sentira menacé à son travail de par le stress engendré par la productivité que l'on exige de lui et par le réservoir de remplaçants potentiel que constitue les chômeurs. Il appliquera alors aux solutions qui lui sont proposées les schémas de comportement qu'on lui a inculqué pour devenir « compétitif ». Dans un réflexe de protection, ses instincts prendront le pas sur ses sentiments, et il n'aura pour but que d'éliminer les concurrents qu'il estimera être hors du jeu de la compétition, pour des raisons fallacieuses d'un point de vue humain, mais qui lui paraîtront justifiées car il s'appuiera sur des critères primitifs qui ont construit la société. Ces critères sont nés, dans les premières cités, de plusieurs peurs : la peur de la nuit, la peur des étrangers venant de contrées lointaines et dont on avait du mal à cerner les objectifs, la peur des animaux sauvages. 
Les peurs ont changé, mais le réflexe militaire qu'elles ont engendré demeure. Le discours populiste, construit sur la menace des immigrés qui « vont nous ruiner, nous envahir, nous submerger, coucher avec nos femmes et nos fils21 » d'après Le Pen , à celle du « sauvageon » de Chevènement, en passant le « bruit et l'odeur22  » des étrangers dénoncé par Chirac, ce discours n'aura pour effet que d'attiser ces peurs. Cette inclinaison n'a pas échappée au quotidien italien " La Repubblica " qui titra en son temps : « Vague de xénophobie, Giscard d'Estaing et Chirac débordent Le Pen à droite : en France, on recherche les votes racistes23. »
L'athlète économique ainsi formé (ou déformé) par l'individualisme intrinsèque à l'idée de compétition reportera la résurgence de ses instincts protectionnistes, à l'échelle de la nation, sur le plan social. La rivalité déborde sur des terrains où la raison voudrait qu'elle n'apparaisse pas. Malgré l'orientation libérale, le protectionnisme est employé à plus ou moins grande échelle dans des domaines différents selon les pays.

Des nations qui ont souffert et souffre encore de l'intolérance se laissent aller à des déclarations aberrantes par rapport à la réalité des faits et à une peur instrumentalisée. Par exemple, le ministre de l'Intérieur israélien, Elie Ishaï, exhorte les « Juifs de France à faire leur valise et à immigrer en Israël », comme si ce pays pouvait garantir leur sécurité… 
D'un autre côté on peut mettre en balance la réaction du chef du parti d'opposition israélien, Meretz (gauche), YossiSarid, qui « ne sait pas pourquoi les Israéliens sont si perturbés par la montée d'un fasciste nationaliste d'extrême droite en France, alors qu'ils ne le sont pas quand cela arrive dans notre pays24 ». 
Sur le plan économique, l'administration Bush, qui se veut un modèle de libéralisme,n'a pas hésité a imposer des droits de douane sur les importations d'acier afin de protéger un secteur sidérurgique marqué par une trentaine de faillites depuis 1997.
On constate qu'il est toujours plus aisé de critiquer le protectionnisme du voisin quand il nous gène, que le notre quand il nous sert.

Il va sans dire que le monde doit changer, que la mondialisation doit être humanisée, sans que l'humanisme soit un prétexte pour asseoir le pouvoir de société plus ou moins secrète (voir Bilderberg), que les richesses doivent être mieux réparties, que l'on doit pouvoir travailler pour vivre, et non vivre pour travailler. Mais ce ne sont pas quelques référendums nationaux qui vont changer la face du monde. Les actions politiques doivent être courageusement menées de concert avec un ensemble de pays pour avoir une chance de faire plier les plus réticents,qui souvent se trouvent être les plus puissant. Sinon, toute mesure, aussi louable qu'elle soit, ne conduira notre pays qu'à l'isolement et à la famine, à l'image de l'Irak.

 L'homme se doit de mettre au placard ses instincts reptiliens qui le font se dresser contre l'envahisseur, mais aussi qui le font se mobiliser seulement lorsqu'il pressent une menace présentée comme extrême. Le peuple aurait eu plus de mérite à manifester son mécontentement à l'époque où le président, élu sur un programme visant à résorber la « fracture sociale », perdit toute marge de manœuvre et toute légitimité en provoquant la dissolution de l'assemblée. Il aurait été tout à son honneur de battre le pavé pour encourager la justice à faire son travail en temps voulu, et peut-être éviter ainsi qu'elle ne soit entravée par une intervention constitutionnelle bienvenue pour l'intéressé. Au lieu de cela, une partie du peuple, encouragée par tous les médias, a choisi de se soulever aujourd'hui, devant un résultat sorti des urnes, incitant la majorité de la classe politique à marcher en rang serré vers un pays ingouvernable, car on peut aisément prévoir que le programme de Chirac, avec 19,88 % des voix au premier tour, n'aura ni légitimité, ni majorité à l'assemblée. L'union de principe temporaire n'apportera aucune réponse aux inquiétudes des français, car c'est une union contre, et non pas pour un projet. Cette union de barrage ne sera en fait qu'une fragile digue qui volera en éclat à la prochaine tempête populaire, ne faisant ainsi que retarder l'échéance de l'arrivée au pouvoir des partis extrémistes.

 

 

Conclusion

 

Nous sommes confrontés à un résultat qui nous montre d'abord que le français n'est pas doté de beaucoup de mémoire, puisqu'il accorde la majorité de ses voix à quelqu'un qui ne respecte pas ses promesses et qui ignore la justice de son pays. De plus, il ne fait pas preuve de beaucoup de réflexion puisqu'il fait confiance en second lieu à quelqu'un qui prend le risque de s'isoler en oubliant que les états mitoyens ou lointains ne sont pas paraplégiques, et que des mesures de rétorsions sont toujours possibles. Enfin, plus globalement, ces choix témoignent de la dichotomie décrite plus haut, et ils se reflètent dans cette période de transition que traverse la société. Notre désir de compétition individualiste est assouvi par le défi protectionniste de l'un. Parallèlement, notre espérance de solidarité est rassurée par l'aspect humain de l'autre, dont le beau rôle qu'on lui attribue fait oublier son inclinaison libérale. Cette bipolarisation entre en résonance dans ce deuxième tour. On souhaite un changement, mais en même temps on se calle dans un sillage rassurant, même si on a aucune idée de quoi sera fait l'avenir, puisque comme il le dit lui même : « Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent25. »






Sources :

1 « Jacques Chirac adopte un discours intransigeant face à Jean-Marie Le Pen », Associated Press, 23 avril 2002.

2 (2+1)+4+(2+0+0+2) = 11… !

3 « Jacques Chirac adopte un discours intransigeant face à Jean-Marie Le Pen », Associated Press, 23 avril 2002.

4 « Les six dossiers qui convergent vers M. Chirac », Le Monde, 29 mars 2001.

5 « Montebourg le subversif », Sud-Ouest Dimanche, 25 février 2001.

6 « Propos sur les pouvoirs », Alain, Editions Gallimard, 2000.

7 « Une télé de maçon », L'Express, 21 janvier 1999 - http://web.archive.org/web/20060307152539/http://www.chez.com/hiram/presse/1999-01-21-express.htm

8 Au lendemain du premier tour Libération a battu son record depuis sa création en 1981 avec 700 000 exemplaires, Le Figaro a vu ses ventes progresser de 170 %, et La Croix les a doublés (Source : Le Journal du Dimanche, 5 mai 2002).

9 Europe Inc., Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d'affaires européens, collectif d'auteur, Agone Editeurs.

10 Europe 1 info, lundi 22 avril 2002.

11 « 30 000 lycéens et étudiants dans la rue », Libération, mardi 23 avril 2002.

12 « Les vrais chiffres de la délinquance », Marianne, n° 260, 15 au 21 avril 2002.

13 « 12 propositions pour en finir avec la violence à l'école », L'Express, n° 2646, 21 au 27 mars 2002.

14 « Agir pour une mondialisation plus humaine et plus respectueuse de l'environnement », point n° 9 des 10 engagements de Jacques Chirac pour la France, 3 avril 2002.

15 Jacques Chirac, France 2, mercredi 24 avril 2002.

16 Compétition : recherche simultanée par plusieurs personnes d'un même poste, d'un même avantage.

17 Les associations sont au nombre de 700 000, et les chiffres de création annuelle sont en constante progression – 10 000 en 1937, 40 000 en 1992, 70 000 en 2000.

18 Christophe Leroux, chargé de mission au Comité national de liaison des régies de quartier (CNLRQ). Alternatives Economiques, n°193, juin 2001.

19 Paris Match, n°2745, 3 janvier 2002.

20 L'évolution vers le cerveau humain s'est fait en prenant appui sur le développement du cerveau mammalien (où l'on retrouve le « siège des émotions » et les sentiments d'affection) dont la structuration s'est faite sur la base primordiale du cerveau reptilien. Le cerveau reptilien est responsable des instincts et des réflexes innés. Il abrite le comportement d'approche et la satisfaction des nécessités biologiques : manger, boire, dormir, reproduire l'espèce. Il a aussi pour fonction de nous faire adopter un comportement de fuite et de lutte suite à un stimulus adverse. Il peut se manifester par une agressivité défensive, la seule agressivité innée.

Transformation sociale et transformation culturelle, "La manipulation de l'accouchement/naissance", contribution de la collectivité
Los Arenalejos au colloque international sur la culture libertaire organisé en 1996 par l'A.C.L. de Lyon - http://web.archive.org/web/19991003185737/http://users.skynet.be/AL/archive/98/210-oct/arena2.htm


21 « Le deuxième homme », par Christelle Bertrand, Libération, lundi 22 avril 2002.

22 Déclaration faite par Jacques Chirac au cours d'un banquet le 19 juin 1991 :
« Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs. (…)  
Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. »
http://fr.wikiquote.org/wiki/Jacques_Chirac

23 La Repubblica , 24 septembre 1991.

24 « Israël dénonce l'antisémitisme » , Aujourd'hui en France, mardi 23 avril 2002.

25 Jacques Chirac, extrait du journal Le Monde - 22 Février 1988.