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Ruquier nous prend
pour des malades

 
Dans l’émission « On va s’géner » du vendredi 21 décembre 2007, c’est vers 17H30 sur Europe 1 que les chroniqueurs ont descendu en flamme le magazine Top Secret. Ils ont pris pour prétexte une des rubriques de l’émission pour procéder à une critique assassine du numéro 33. De toute évidence il n’était pas question d’être objectif et rigoureux dans l’analyse. Il s’agissait simplement de trouver un sujet qui fasse consensus pour donner prétexte à une grosse poilade.
 

On va s'géner, vendredi 21 décembre 2007.
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Et dés la présentation de Gérard Miller on constate que le thème de la conspiration est fédérateur. D’entrée de jeu, le psychanalyste fait de Top Secret « le magazine des paranoïaques et des naïfs ». La première remarque d’Isabelle Motrot était de la même veine et ne laissait pas augurer que le débat puisse prendre de la hauteur : « Ca s’appelle Top Secret mais c’est super secret en effet, hein, quand même, hein ? » Cette saillie a laissé sans voix les autres intervenants, tant est si bien que Gérard Miller a repris là où il s’était arrêté… Alors pour ne pas laisser à cet instant de solitude radiophonique celle dont la bio nous apprend qu’elle est critique littéraire, je lui signalerai que, sur certains sujets, le silence des médias au sein desquels elle évolue est responsable de cette classification. Cette dernière n’est abusive que pour ceux qui n’ignorent pas la nature des sujets traités par le magazine. Car les informations existent bel et bien, mais encore faut-il se donner la peine de les chercher pour qu’elles ne demeurent pas « Top Secret » de ceux qui ne s’informent qu’à travers le journal télévisé des chaînes généralistes. Mais lorsque d’une part on dénigre, sur la forme, le titre du magazine en question ainsi que les thèmes qu’il présente, et que d’autre part on rejette tout à la fois, sur le fond, les faits et les explications qui y sont contenus, il me semble que l’on fait tout simplement preuve d’obscurantisme, au même titre que ceux qui ne font pas l’effort de chercher à savoir et à comprendre.

En annonçant des intitulés du magazine sans y apporter la moindre explication, c’est au tour de Gérard Miller de se commettre dans une entreprise de raillerie qui n’est pas à la hauteur des états de service du personnage1. Ce n’est pas à un Docteur en Philosophie que je vais apprendre qu’il est impossible de faire le tour d’un sujet en trois mots, surtout lorsque le sujet en question peut nous éclairer sur le sens de notre existence.

Dans une émission de divertissement, l’évocation de titre comme « la guerre de l’information sur les OVNI », « comment photographier les OVNI » ou « la planète des géants », sans autre forme d’explication, achève de déconsidérer le contenu du magazine Top Secret. Bien sûr, les sujets sur le GEIPAN, l’énergie libre ou la RFID qui figurent dans le même numéro ont été soigneusement écartés. Mais de toute façon l’inclination de l’émission ne va pas de pair avec un plaidoyer remettant en cause le fondement officiel de nos civilisations, et la narration d’intitulés se référant à des sujets qui n’ont pas le caractère ambivalent des OVNI n’aurait pas eu le même effet comique. Les auteurs de cette cabale radiophonique ne sont donc pas allés beaucoup plus loin que les pages consacrées au courrier des lecteurs sur lequel ils se sont longuement attardés. Relaté tel quel à l’antenne, les témoignages apparaissaient inévitablement aberrants hors du contexte paranormal qu’aborde régulièrement ce magazine. C’est ainsi qu’au milieu des rires gras des chroniqueurs complices, Laurent Ruquier, en parlant des auteurs du courrier des lecteurs déclare carrément : « Il y a une colonie… il y a une colonie de malades ! » Après avoir procédé à la lecture d’un des courriers à l’antenne, Laurent Ruquier s’adresse à Gérard Miller en ces termes : « Ce sont des clients pour vous tous ces gens-là ! »

Si l’animateur vedette à quelques qualifications dans des domaines dont je suis seulement spectateur ou auditeur, je ne pense pas trop m’avancer en disant que dans celui de la psychanalyse, il n’a que des relations. Je trouve donc son diagnostique sur les auteurs des courriers un temps soi peu précipité puisqu’il est uniquement fondé sur une lecture faite à l’aune d’une ignorance apparemment totale vis-à-vis des sujets abordés. Voilà quelqu’un qui, à ma connaissance, n’a ni étudié la psychanalyse, ni l’ufologie, et qui s’arroge les compétences des premiers pour mettre à l’index les seconds. Il se garderait bien de se positionner de la sorte si il avait connaissance de la zététique2. En effet, cette démarche, qui se veut philosophique et pratique, se définit comme « l’art du doute ». Elle a donc pour objet de s’attaquer aux théories scientifiquement réfutables. Et il se trouve qu’elle place au même niveau, entre autres, l’ufologie et… la psychanalyse !

La simple lecture de courriers de lecteurs permet à des animateurs, qui n’ont visiblement aucune connaissance sur les matières qu’ils commentent, de ne même pas prendre le temps d’être dubitatif, mais de passer directement de la dérision à la diffamation en traitant les auteurs de « colonie de malade ».

Je pensais naïvement que des personnes qui se trouvent au micro d’une radio qui est écoutée par 4,5 millions de personnes par jour3 auraient fait preuve d’un peu plus de tolérance et d’ouverture d’esprit. Je pensais naïvement que des gens qui ne manquent pas une occasion pour stigmatiser les discriminations, de par la diversité même des intervenants et des causes qu’ils défendent ou qu’ils incarnent, auraient pu faire preuve d’empathie lorsque quelque chose de différent, quelque choses auquel il ne sont pas habitués, quelque chose qui dépasse leur entendement leur est présenté.

Que nenni !

Il semblerait que les frustrations accumulées face à tant de « politiquement correct » puissent enfin trouver un exutoire. Il est vrai que l’on ne peut plus rire des gays sans être taxé d’homophobie, des juifs sans être accusé d’antisémitisme, des noirs sans être soupçonné de racisme, des étrangers sans être pris pour un xénophobe en puissance, des femmes sans être affublé de sexisme, etc… La société se mondialise et les règles se normalisent pour devenir compatibles d’un continent à un autre, tout du moins pour les pays qui réussissent à arrimer leurs wagons au Global Express. Hors du mouvement, point de salut ! Uniformisons les règles, uniformisons les mœurs, uniformisons les façons de penser et ainsi nous pourrons plus facilement nous mélanger, former une masse aux mêmes goûts, un marché mondial composant une cible marketing plus importante et unique, ce qui limitera les coûts liés à la recherche et au développement. Ainsi les marges commerciales exploseront au même titre que la croissance, saint Graal des temps modernes, conséquence du développement qui est devenu un objectif final, tant et si bien que l’on ne sait même plus après quoi on court !

Les frontières des nations d’avant se déplacent progressivement. Elles ne délimitent plus des territoires mais des mœurs, des ethnies, des couleurs ou tout ce qui peut faire l’objet d’une association de personnes. Et paradoxalement l’individu n’en appelle plus directement aux idéaux républicains, égalitaires et laïques pour se défendre, mais à telle ou telle appartenance communautaire pour condamner l’opprobre dont il fait l’objet, et derrière lui tous ceux qui s’identifient au même signe de reconnaissance. Alors dans ce monde qui semble tiraillé entre une uniformisation encouragée par les acteurs économico-financiers, ainsi que par les politiques qui s’en font les complices depuis des années, et un communautarisme qui sert de dernier refuge aux individus qui ne veulent pas se voir noyé dans la globalisation, les chroniqueurs d’Europe 1 auraient pu faire preuve d’un peu plus de tolérance à l’endroit de ceux qui ne disposent pas de législation spécifique pour les protéger. En ces jours si importants pour certaines communautés religieuses, et non des moindres, il ne leur serait pas venu à l’esprit de traiter de « colonie de malade » tous ceux qui croient en Dieu et qui lui manifestent leur dévotion. Et pourtant ils n’hésitent pas à s’abriter derrière une satire grossière pour déconsidérer les convictions de milliers de personnes et les réalités inexpliquées dont elles se font l’écho. Bien sûr, ils ne sont pas les seuls puisque ces convictions sont tout simplement ignorées par la majorité de nos intellectuels, de nos scientifiques et des politiques sensés nous représenter. Et comment ne le seraient-elles pas étant donné que tous ceux qui soutiennent l’hypothèse selon laquelle les OVNI existent, et sont mus par une intelligence dont nous ignorons l’origine, sont immédiatement ridiculisés par ceux qui préfèrent ne pas laisser mettre en doute leurs certitudes ?

Car l’attitude du présentateur multicarte et de son équipe n’est pas un dérapage occasionnel. Déjà dans l’émission « On n’est pas couché » du 10 février 2007, Laurent Ruquier s’appui sur Candeloro pour exercer son humour au dépend de Nelson Montfort4 alors qu’il racontait sa rencontre du 2ème type avec un OVNI. Le mois suivant, dans l’émission « On a tout essayé », Jacques Patenet, responsable au CNES pour les phénomènes aérospatiaux non-identifiés, est interrogé par rapport à la mise en ligne des archives du GEIPAN. Là c’est Gérard Miller qui en profite pour entonner son couplet repris en cœur par le scientifique : « Il n’y a pas de complot autour des OVNI. » Alors on rappellera juste à ces deux personnes, ainsi qu’à tous ceux qui voudront bien l’entendre, que par définition, un complot est un « projet quelconque concerté secrètement entre deux ou plusieurs personnes ». Et donc si il y a un complot, personne n’en sait rien sauf les comploteurs eux-mêmes, et dans cette éventualité, ces derniers auraient tout intérêt à garder leur projet dans l’ombre et à faire croire que « il n’y a pas de complot autour des OVNI »…


Montfort voit des OVNI chez Ruquier
envoyé par Meilla



L’hygiénisme mental va de pair avec l’hygiénisme sanitaire, dont le dernier avatar français est la ségrégation des fumeurs ou leur séquestration dans des cabines. Solidement guidée par ces deux rails, la globalisation avance de telle sorte que le monde aille docilement dans le même sens, avec pour seul horizon l’espoir, celui de jours meilleurs qu’appelle de leurs vœux aussi bien les politiques que les religieux. Cette globalisation qui tend à uniformiser les langues, les monnaies et les cultures, se doit d’avancer le plus régulièrement et le plus sainement possible en préservant ses sujets malgré eux afin qu’ils restent productifs le plus longtemps possible, tout en faisant en sorte que chacun demeure convaincu que tout cela est fait pour son plus grand bien. A ceux qui expriment une once de suspicion sur ce parcours dont on recherche toujours le sens d’un point de vue existentiel, on rendormira la curiosité par des explications qui font appel à la fatalité, au hasard, ou à la religion. Et dès que ceux qui croient aux petits hommes verts, aux martiens, et aux soucoupes volantes, que ceux qui théorisent des complots, ou que ceux qui pensent que la vérité est ailleurs essaient de développer leur argumentation, la réplique cinglante du contradicteur pétri de sa certitude vous vouera aux gémonies par ces mots : « On n’est pas dans X-Files ! » Et de faire des gorges chaudes sur Gorge profonde5

Pour se défendre de la stigmatisation et se faire respecter il faudrait que les amateur d’ufologie ou de paranormal en arrive aux mêmes moyens que les minorités suscitées, et ainsi tentent de faire valoir l’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui nous rappelle que « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation ». Mais on ne va quand même pas faire du « testing » pour mettre en évidence la discrimination dont font preuve certains personnages publics vis-à-vis de tous ceux qui sont les témoins d’un fait qui ne puisse être « programmé, catalogué, ou facilement vérifiable6 » ! Ester en justice reviendrait à donner du grain à moudre à cette société procédurière au sein de laquelle s’exacerbent les communautarismes, nouveaux réceptacles d’une humanité en quête de sens qui est manipulée par des marchands d’espérance.

On peut regretter que l’intérêt porté à X-Files, cette série des années 90, n’ait été qu’un feu de paille. Et rares sont ceux qui ont continué la route de la recherche dans ce domaine une fois les 7 saisons diffusées. Loin d’éveiller l’intérêt du commun des mortels sur l’énigme extra terrestre, et plus généralement sur le sens de nos vies, Mulder et Scully n’ont fait que servir de sobriquets disqualifiant pour les trop rares personnes qui s’interrogent face à ceux qui ne veulent même pas se poser de questions. On n’altère pas le temps de cerveau disponible des gens sans provoquer une hilarité qu’il sera de bon ton de suivre si l’on ne veut pas être montré du doigt et mit au ban de la société, parce que l’on ne peut pas sérieusement « croire » à tout ça… Et pourtant, n’en déplaise à certains, il ne s’agit pas de croire ou de ne pas croire, mais de se résigner à admettre la réalité d’une manifestation. Il serait irresponsable et indigne de notre condition d’être soi-disant pourvu d’intelligence de persifler sur les OVNI, et les phénomènes paranormaux en général, tout simplement par ce que nous n’avons aucune explication définitive à y apporter.

 






Sources :

1 Voir http://www.gerardmiller.fr/

2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Zététique

3 http://web.archive.org/web/20051104180443/http://imedias.biz/radio/les-audiences.php

4 http://www.dailymotion.com/video/x16j3s_montfort-voit-des-ovni-chez-ruquier_fun

5 Source clandestine la plus influente de l'agent Mulder dans X-Files, dont les derniers mots avant de mourir reviendront comme un leitmotiv dans la série :  Ne faites confiance à personne! 

6 The X-Files - le film : Combattre le futur, 1998.