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La Banque
fait sauter l'État

Partie 1

 

L'État est en déficit, mais qui s'est jamais demandé d'où venait réellement ce déficit ? Le mammouth a bon dos, mais la vérité est ailleurs...

 

La retraite de l'État

Alors que l'on fait des gorges chaudes des évènements de Seattle, que l'on met en avant les troubles que le sommet de Nice à engendré, que l'on parle plus de Porto Alegre que du réel contenu des débats à Davos, une cabale est en marche pour nous convaincre que l'État, en l'occurrence l'État français, est doté d'un nombre record de fonctionnaires (5,4 millions), soit un actif sur quatre, et que la dépense publique est exagérée (54% du PIB), cette dernière engendrant sous-productivité et parfois chômage. Tout en mettant en avant la lutte croissante contre la mondialisation et ses méfaits, les médias se font le porte-parole de ceux qui pensent que moins d'État est bon pour l'État. Mais la montée en puissance du monde associatif, encouragée par un État qui a tout à gagner de cette aide providentielle et bénévole, est symptomatique d'un désengagement déjà avancé des institutions dans la société. Et ce désengagement laisse le champ libre à des acteurs qui organisent les évènements à leur avantage, comme on peut clairement le voir avec le problème des retraites pour lequel on devra "privilégier la variable de la durée de cotisation pour l'accès à la retraite à taux plein"*, une rhétorique soporifique qui signifie ni plus ni moins, à terme, la fin de la retraite à 60 ans, mais dont la formulation a l'avantage de ne pas faire ressortir les 300 000 manifestants qui deux semaines plus tôt battaient le pavé pour les mêmes raisons. 

Mais paradoxalement, ce sont ces futurs retraités que l'on a tendance a vouloir garder dans le monde des actifs au sein du privé que l'on veut évacuer le plus vite possible du côté du publique afin d'organiser en douceur une réforme "nécessaire". A croire qu'il est plus productif de payer des "vieux" cadres avec tous les émoluments dus à leur ancienneté que des jeunes hyperactifs, bouffi d'ambition et donc de volonté, pour les quels la menace du chômage tend à temporiser leurs éventuelles exigences salariales. A croire que l'on aura un meilleur SERVICE public si l'on se sépare d'une partie des effectifs qui assurent ce service. Qui n'a jamais fait la queue dans un service administratif ? Qu'adviendra-t-il si l'on dégraisse le soi-disant mammouth ? Tout cela traduit une stratégie du sauve qui peut qui en voulant régler des problèmes d'ordre financier urgent va en créer autant, d'une nature différente, dans les années qui suivront.

 

Les raisons de non-État

Je suis las d'entendre les comparaisons que l'on peut faire entre la sphère du privée et celle du publique, comme le fait Roger Fauroux dans l'ouvrage "Notre État" : "(La fonction publique) n'a intégré aucune conquête des systèmes modernes, la déconcentration des responsables, le fonctionnement en réseaux, la transparence, l'émulation interne, la primauté donnée à l'innovation, la rapidité de la transmission des informations, la curiosité vis-à-vis de l'extérieur. Comment expliquer autrement que les entreprises, avec un personnel somme toute ordinaire mais une excellente gestion, parviennent à accomplir des performances extraordinaires, alors qu'il faut, pour que des administrations fonctionnent passablement, que des individualités exceptionnelles se dépensent sans compter à combattre l'inertie de systèmes mal agencés et l'apathie d'un personnel mal employé ? "
C'est mettre de côté un peu rapidement tous les ratés des entreprises privées, de celle du canal de Panama où la banqueroute touchera prés de 800 000 souscripteurs, amenant le projet à être finalisé par des fonds publics (!) américains pour leur plus grand bénéfice, ou encore celle des 66 satellites Iridium dont le coût atteignait les 6 milliards de dollars et qui fut revendu 240 fois moins à une nouvelle société, pour être finalement utilisé, une fois de plus, par un organisme gouvernemental. 
Je ne sais pas ce que Roger Fauroux entend par " déconcentration des responsables ", mais si il voit un progrès dans le fait que ce soit les actionnaires qui fassent la pluie et le beau temps sur la gestion d'une entreprise, je ne vois pas en quoi cela peut être exemplaire, si ce n'est dans le but de privilégier la richesse en oubliant les hommes qui la créent. Une entreprise bénéficiaire ne l'est jamais assez pour l'actionnaire, comme nous le montrent les malheureux employés de la branche biscuit de Danone. La plus-value potentielle des plans de stock-options dans les grandes entreprises françaises en 1999 a augmentée de 84,5 % en un an. Seulement 1 % des salariés bénéficient de ces avantages, la majorité ne bénéficiant qu'à un petit groupe de cadre dirigeant. C'est peut-être cela que R. Fauroux appelle "l'émulation interne". Il faut prévenir les étudiants qu'avant Bac + 5, point de salut, et les employés qu'ils n'ont qu'à suivre d'urgence les écoles de formation interne si ils veulent profiter du gâteau. Dans cette comptabilité là n'apparaissent pas les avantages matériels, comme la voiture de fonction, qui contrairement à ceux de la fonction publique, paraissent naturels. Les contrats à temps partiel en France, ou la flexibilité accrue en Angleterre, cachent les vrais chiffres du chômage dans la sphère privée et accroissent la paupérisation d'une majorité de la population qui ne peut formuler de projet d'avenir à cause de la précarisation de sa situation. 

Quand à la " transparence ", le PDG de Daewoo, Kim Woo-choong n'en été apparemment pas un adepte assidu, puisque à l'heure ou j'écris ces lignes, il a déserté son pays où il est soupçonné d'avoir gonflé artificiellement de quelque 32,8 milliards de dollars les actifs du conglomérat.

"La primauté donnée à l'innovation" n'est pas une exception du privé, même si elle s'est ralentie ces dernières années. Mais ce ralentissement n'est pas du à un dysfonctionnement de la machine publique, mais à une volonté politique, de droite comme de gauche, du désengagement d'un État qui laisse jouer ce rôle aux entreprises privées. Il ne s'agit pas de générer du profit, à l'image du secteur privé, mais d'apporter un service. On ne peut pas parler en fonction de "coût" et de "productivité" d'une part parce que nous ne sommes pas dans une logique marchande mais dans une logique de service, et que les relations humaines dont découle ce service ne sont pas mesurables par des enquêtes des instituts de sondage, ni évaluables, de par les multiples facteurs qu'elles font intervenir, autant au niveau de l'employé que du client. Il serait fallacieux de se servir des réformes entreprises dans la sphère privée pour arriver à des buts qui sont par définitions différents pour la sphère collective. L'erreur serait d'autant plus grossière qu'elle aurait pour conséquence d'appliquer des méthodes de gestion qui sont loin d'être des modèles de perfection, comme le montre les nombreuses entreprises qui fermeraient si elles n'étaient pas rachetées par leur concurrent. Mais là est peut-être le but ultime de ce vers quoi l'on veut faire aller l'État...

 

Mondialisation des règles financières

Malgré les soubresauts identitaires de certaines régions, il est clair que la mondialisation fait son oeuvre, obligeant les pays à se réunir sous des alliances économiques, alliances qui se transformeront à terme en des alliances politiques. Souvenez-vous du tollé que les Allemands ont soulevé lorsque ils ont parlé d'une "Europe fédérale" par l'intermédiaire de Joschka Fischer. Mais cette idée a fait son chemin puisque à l'occasion du sommet franco-britannique, qui s'est tenu le vendredi 9 février 2001 à Cahors, Jacques Chirac évoque l'Europe en parlant d'une "fédération d'États-nations". Cette dernière est une habile figure de style pour parler d'une "Europe fédérale" qui ne veut pas dire son nom.

L'Europe nous impose une certaine santé économique et elle s'immisce jusque dans la réglementation de la pêche à pied sur nos côtes ! Le problème que nous rencontrons actuellement avec la fonction publique française, comme avec celui des retraites, c'est avant tout une nécessité de mettre la France au diapason de ses partenaires. Thierry Bert, chef du service de l'Inspection des Finances, en est un exemple lorsqu'il déclare que "le rendement global des services fiscaux français - rapport entre le coût des services et le total des sommes encaissées - est 40% supérieur à ceux du Royaume-Uni, de l'Espagne ou de l'Irlande, les systèmes suédois ou nord-américain coûtant deux fois moins". Même le rapport de la Cour des Comptes s'appui sur l'"exemple" européen pour étayer son constat dans son rapport sur "La Fonction Publique De L'État" : "(...) la fonction publique de l'État apparaît comme un ensemble complexe et rigide qui n'évolue que lentement, alors même que plusieurs pays de l'Union européenne ont réalisé ou amorcé, ces dernières années, des réformes profondes dans le sens d'une souplesse et d'une décentralisation accrues." Lorsque l'uniformisation des réglementations et des systèmes de fonctionnements publiques aura été effectuée, il n'y aura plus d'obstacles à la mise en place d'un gouvernement européen. 


« Le vrai problème de l'Europe c'est que cette région n'est pas gouvernée et le seul pouvoir politique appartient à des institutions techniques comme la Banque centrale européenne ou la DGIV (ndlr: la direction qui s'occupe de la concurrence au sein de la commission).
Du coup, l'euro est la monnaie d'un espace économique et non pas d'une puissance politique. Le dollar n'aurait pas pris une telle importance s'il ne s'appuyait sur une politique étrangère et une politique de défense forte. Selon moi, il faut résolument se tourner vers la constitution d'un véritable État fédéral. L'euro prépare en quelque sorte le terrain.
»
Jean-Paul Fitoussi, président de l'observatoire des conjonctures économiques françaises,
Le Temps, Samedi 27 janvier 2001


Mais l'Europe ne fait qu'imiter les États-Unis en renversant la vapeur pour présenter le bon côté de l'union. Comme par magie, le déficit public américain se trouve être transformé en excédant. Dominique Strauss-Kahn, présent à la dernière réunion des Bilderberg, n'hésita pas à calquer sa politique budgétaire sur celle inspirée par le couple Clinton-Greenspan. Il y a fort à parier que cette embellie n'est que passagère de par la nature même d'un système que nous allons décortiquer plus loin. Mais à titre de remarque, il serait judicieux de se poser une question que nous allons laisser en suspend : étant donné que les règles budgétaires, comme les règles économiques, se mondialisent, qui peut dire que ce qui commence par un gouvernement européen ne se terminera pas par un gouvernement mondial ?  

 

La politique dans un sale État

 Les problèmes conjoncturels dont souffrent les régimes de retraite, la santé, l'éducation, ou l'organisation de l'administration servent à justifier une remise en cause de ces services, allant, comme aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande ou dernièrement au Japon, jusqu'à en " externaliser " certains, c'est-à-dire jusqu'à privatiser le service publique. On dit à qui veut l'entendre qu'un État qui date de Napoléon et du général de Gaulle est inadapté aux nécessités de l'époque. Mais je ne vois pas en quoi les fonctions principales de l'État ont changé. L'État se doit d'être une institution impersonnelle qui fixera les bornes, conduira une politique que les citoyens auront définis par l'intermédiaire de représentants élus, fédérera les hommes d'opinions différentes sous un même drapeau pour les faire avancer de concert vers une idée qui aura remportée l'adhésion générale. Avant d'étudier le problème financier, il est bon de noter que l'État souffre d'un manque de valeur, d'un manque d'idées et de volonté que l'on retrouve dans la platitude du débat politique. Ce dernier est orienté par les réactions de la bourse, les risques de délocalisation des entreprises, la fuite des cerveaux ou des investisseurs. Les déclarations d'Alan Greenspan, le président de la réserve fédérale américaine (FED), ont plus d'effet sur l'économie que celles de G.W. Bush. 


La FED
La FED


 La mondialisation de la politique sous cet aspect est quelque chose de compréhensible et de défendable, mais le fait que celle-ci intervienne après la mondialisation de l'économie me paraît plus être de l'ordre d'un mouvement subi qu'une réaction face à l'emprise croissante de la sphère financière sur notre vie quotidienne. 
 L'homme politique définit les idées par lesquelles il gouvernera l'État, alors qu'actuellement, le pouvoir économique applique ses théories, en l'occurrence, le libéralisme, et l'État, quelque soit sa couleur politique, se laisse porter par le courant. Le pouvoir politique en place, comme celui qui l'a précédé et celui qui lui succédera, se contente de prendre des mesures d'ajustement qui n'ont pour effet que de ralentir la décrépitude des avantages sociaux acquis de haute lutte par nos ancêtres, ce qui s'explique par le fait que ces avantages ont une fâcheuse tendance à augmenter les coûts de productivité.

On désigne l'État à la vindicte publique pour le réformer facilement. Les salariés du privé dénoncent les sois disant avantages des fonctionnaires, et trouvent plus juste de les supprimer que d'essayer de les atteindre par une lutte sociale dans leurs propres entreprises, comme l'ont fait leurs pères. On met à bas le dernier représentant d'un pacte social afin d'avoir toute l'amplitude nécessaire pour accentuer la libéralisation de la société. Le bonheur qui se devrait d'être le but vers lequel nous devrions tous tendre s'éloigne en partie à cause du rôle qui nous est donné dans la sphère privée. Ce rôle se limite à une instrumentalisation qui n'a pour seul objectif que la satisfaction de l'actionnaire. J'entends par le terme "actionnaire" le dirigeant dont les dividendes sont substantiels, et non pas l'actionnaire salarié en bas de l'échelle dont les quelques actions symboliques que l'entreprise lui a généreusement attribuées et dont les dividendes, une fois qu'il aura enfin le droit d'en bénéficier, ne couvriront même pas le montant de ses impôts...

 

Le vrai problème de la dette :

Mais le problème le plus important que rencontrent la plupart des États c'est la position de dépendance qu'ils ont par rapport à leur dette. En France, celle ci s'élevait à 5.200.000.000.000 Francs à fin 1999... Mais pire encore, ce sont les charges d'intérêt qui s'accumulent année après année, et qui représentent 80 % de la dette dans le cas français, et absorbent annuellement 15 % du budget, soit 240 milliards. Charles Collins, avocat, banquier et ancien candidat à la présidence américaine nous présente la situation des États-Unis face à leur banque centrale : « Actuellement, la FED a pris le plis de nous faire emprunter de l'argent avec intérêts pour payer des intérêts déjà accumulés. On ne peut donc pas sortir de la dette en nous y prenant comme on le fait maintenant. » 

Les valeurs du tableau ci-contre sont simplement indicatives. Elles ont tout de même le mérite de représenter une tendance de chiffres. On constate aisément que malgré que les réserves de la France soient fluctuantes, elle restent comprises dans un zone moyenne, alors que la dette, ainsi que les charges de celle-ci, croissent se façon exponentielle. Il est aussi bon de souligner que le pourcentage de la dette sur le produit intérieur brut était en constante augmentation ces dernières années alors que le PIB n'a cessé d'augmenter. Il y a quelque chose d'illogique dans ce constat qui veut que plus on gagne, plus on doit !

Dette/réserve/PIB en France


Le fonctionnement des banques



« Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une armée debout...
»
Thomas Jefferson, président des États-Unis de 1800 à 1808.


Pour bien comprendre le fonctionnement des banques et des prêts, il nous faut remonter à l'origine. Les premiers banquiers, qui étaient en fait orfèvres dans l'Angleterre du Moyen Âge, ou des changeurs sous l'Empire romain, avaient pour vocation de garder l'or des autres personnes en place sûre dans leurs coffres ou leurs chambres fortes. Les orfèvres fournissaient, pour preuve de l'or laissé chez eux, un reçu qui fut en fait le premier papier monnaie. Ce dernier prit le dessus parce qu'il était plus pratique et plus facile à transporter qu'un volumineux et lourd montant d'or et d'argent. Ces reçus furent, à la longue, établis au nom du porteur et non plus du dépositaire, ce qui rompit tout lien entre l'identité des dépositaires et l'or en stock. 

Finalement les orfèvres se rendirent compte qu'un très petit pourcentage de dépositaires ou de porteurs venaient les voir ou leur demandaient à retirer leur or. Ils commencèrent alors à frauder. Ils se mirent alors à prêter secrètement une partie de l'or qui leur avait été confié pour dépôt en sûreté, et à garder l'intérêt de ces prêts. Puis ils découvrirent qu'ils pouvaient imprimer davantage d'argent (c'est-à-dire de certificats de dépôt) qu'ils n'avaient d'or. Par la suite ils réalisèrent qu'ils pouvaient prêter cet argent supplémentaire et en tirer de l'intérêt, c'est ce que l'on appelle le prêt fractionnaire de réserve. Cette expression hermétique signifie que les orfèvres, les changeurs et maintenant les banquiers suivent une méthode qui consiste à prêter plus d'argent qu'ils n'en ont réellement en réserve. La FED appliquent ces opérations bancaires de fraction de réserve de la façon suivante. Un bon d'achat de 10 000 dollars de la FED résulte en un dépôt de 10 000 $ sur le compte du porteur. Sous l'impératif de réserve de 10 % (donc fractionnaire), la banque n'a d'obligation que de garder en réserve 1 000 $ ; elle peut donc prêter les 9 000 $ restant. L'emprunteur dépose généralement ces 9 000 $ soit à la même banque, soit à une autre banque qui doit, alors, garder 10 % en réserve (donc 900 $) mais peut prêter les 8 100 $ qui restent, et qui, à leur tour, seront déposés à une banque qui devra garder 10 % (donc 810 $) et pourra prêter les 7 290 $, etc...


« Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin. »
Henry Ford (1863-1947)


Au bout du compte, les 10 000 $ initiaux émis par la FED sont entrés, par une banque ou par une autre, dans le système bancaire et ils ont aboutis, par une vingtaine d'opérations successives, à un montant de 90 000 $ de nouveaux prêts, en plus des 10 000 $ pour les réserves. On doit noter d'une part que la fixation du niveau des réserves, c'est-à-dire le montant des liquidités disponibles, est le monopole des banques, et que d'autre part de nombreuses exceptions font que certains dépôts n'exigent aucune réserve, ce qui ne fait qu'augmenter le profit de la banque. Bien que seulement une poignée des plus grandes banques crée de l'argent pour prêt, toutes les banques en profitent directement ou indirectement, et encouragent donc le processus.
Mais nos orfèvres n'en sont pas restés là. Lorsqu'ils favorisaient l'emprunt, la monnaie en circulation augmentait. L'argent ne manquait pas, et les gens faisaient davantage d'emprunts pour donner de l'expansion à leurs affaires. Alors les orfèvres limitaient la mise à disposition de l'argent, rendant les prêts plus difficiles à obtenir. Un certain nombre de personnes ne pouvaient alors plus rembourser leurs prêts antérieurs, ni même obtenir de nouveaux prêts pour payer les anciens. Ils déclaraient donc faillites et devaient revendre leurs avoirs aux orfèvres, ou aux enchères pour une somme dérisoire. Nous suivons les mêmes règles de nos jours. Thomas Jefferson déclarait : « Si jamais les américains autorisaient les banques privées à contrôler l'émission de leur argent, les banques et les sociétés qui poussent autour d'elles priveraient les gens de tout bien, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, et leurs enfants se retrouveraient sans toit sur le continent que leurs pères ont conquis. »  

Sigle de la FED
Et le fait est que la FED est une banque qui est la propriété de banques nationales privées qui en sont les actionnaires, et, pour le bénéfice privé desquelles elles opèrent. L'économiste Henry Pasquet souligne : « La FED est une société privée à but lucratif, qui n'a pas de réserves - ou du moins, qui n'a pas de réserves pour étayer les billets de banque de la réserve fédérale qui sont notre monnaie courante. » Cette angoisse des banques qui ne détiennent en réalité qu'une petite fraction des réserves pour honorer leurs obligations est la cause majeure de l'instabilité inhérente au système bancaire, au marché financier et à l'économie nationale.

Les prêts fractionnaires de réserve institués par l'oligarchie bancaire permettent à ces dernières de gagner de l'argent en le tirant non pas des biens ou des services des hommes, mais en le créant. Et de cet argent créé à partir de prêts, viennent s'ajouter des intérêts dont l'emprunteur doit aussi s'acquitter. L'emprunteur se doit donc de rembourser non seulement de l'argent qui n'existe pas, mais aussi les intérêts sur cet argent virtuel.  

 

La banque nationale prend ses ordres à l'international

Il n'est alors pas étonnant de constater qu' aux États-Unis, comme en France ces 30 dernières années, la dette ait augmenté de façon exponentielle. La Banque de France, notre banque centrale, a été créée le 18 janvier 1800 par le Premier Consul Napoléon Bonaparte et était organisée sous la forme d'une société par actions. Mais en 1806 Napoléon provoqua une réforme destinée à redonner au gouvernement une plus grande autorité sur la direction de l'établissement, afin que la France puisse se libérer de la dette qu'elle avait déjà contractée auprès de la banque. 
 Napoléon déclarait que quand un gouvernement dépend de banquiers pour son argent ce sont les banquiers qui ont le contrôle, et non les chefs du gouvernement : « La main qui donne est au-dessus de la main qui prend. L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont ni patriotisme ni décence, et le gain est leur seul objectif. » 


Mais, depuis cette époque, les statuts ont changé et l'indépendance est de rigueur. La Banque de France est sensée assurer « la continuité et la permanence de l'action de la politique monétaire, dégagée des préoccupations de court terme, et de conforter ainsi sa crédibilité. » Soit, mais lorsque l'on y regarde de plus prés, on s'aperçoit que la Banque de France est intégrée au Système européen de banques centrales (SEBC) institué par le traité de Maastricht. Et ce système est sous le joug d'un conglomérat de banques nationales, qui agissent en fait en totale autonomie comme une institution privée. Ce qui au départ se trouvait être une banque nationale indépendante se trouve être dirigé par un ensemble de banques dont les intérêts ne coïncident certainement pas avec ceux des états qui les abritent. J'en veux pour preuve l'attitude de la Banque Centrale Européenne (BCE) en ce début d'année 2001, qui maintient le statu quo sur son taux directeur malgré les pressions internationales. 

 

Le gouverneur gouverne... le gouvernement

Plutôt que d'une autorité monétaire centrale contrôlée par les gouvernements, nous faisons face à une ploutocratie qui contrôle l'économie du pays. Les banques centrales se servent des gouvernements pour leur prêter un argent qu'ils n'ont pas la volonté ou le courage de demander au peuple. Mais cet argent virtuel ne fait que gonfler la bulle financière grâce aux méthodes évoquées ci-dessus. L'État se trouve être le débiteur d'un argent qu'il ne possède pas puisqu'il ne correspond à aucun bien et qui est le résultat d'un système usuraire. Et de plus l'État augmente l'argent en circulation, cet argent a donc moins de valeur, et l'inflation atteint le peuple qui en paie les frais par l'intermédiaire d'une perte de pouvoir d'achat. L'État paie donc plusieurs fois le prix d'une confiance excessive dans la soi-disant indépendance de son système bancaire. 
 Le numéro un de la publication Banque, Affaire, Finance du mois d'avril 2000 nous confirme que : « Dans la plupart des pays du monde aujourd'hui, la Banque centrale dispose d'attributions très précises (...) et régule donc l'évolution de la masse monétaire. Cela signifie qu'elle régule indirectement le niveau des taux d'intérêts, des prix et du chômage (...). Le rôle d'une banque centrale est donc crucial en matière de conduite de la politique économique, car le niveau de la masse monétaire détermine d'importants agrégats comme le taux d'inflation, le taux d'épargne, le taux d'investissement, le taux de chômage, etc... »  Là se situe le vrai mal international, le vrai mal français, plus que dans n'importe quelle partie de la fonction publique. Mais malgré toutes les difficultés promises quand à la future réforme du secteur publique, elles ne sont rien comparé à celles que pourrait rencontrer celui qui osera se mettre en travers de la route d'Alan Greenspan ou de Wim Duisenberg, président de la BCE.






Sources :

* extrait du texte élaboré à la suite de la réunion du 10 février 2001 entre les organisations syndicales et le MEDEF.

Le Nouvel Observateur, semaine du 18 janvier 2001, n°1889

Nexus, édition française, n° 1 et n° 2 
Lien vers la 2ème partie


Les Echos, lundi 29 au vendredi 2 février 2001, enquête sur la réforme de l'État français

Alternatives Economiques, n° 188, janvier 2001

Le Monde, n° 17434, dimanche 11 février 2001

Banques, Affaires, Finances, n°1, avril 2000